Chapitre I — La Croisade
La route durait depuis des mois.
Derrière eux, la France. Les villages, les champs, les visages de ceux qu'ils avaient laissés sans garantie de retour. Devant eux, l'inconnu des déserts que personne n'avait su décrire correctement, des chaleurs que le corps européen ne comprenait pas, des peuples dont la langue sonnait comme un code impossible.
Ils marchaient quand même.
Pas par gloire. Pas par soif d'aventure. Par conviction cette conviction sourde et absolue que certains hommes portent dans la poitrine sans savoir vraiment comment elle est arrivée là. La certitude que quelque chose de précieux était menacé au bout du monde, et que si eux ne bougeaient pas, personne ne bougerait.
Les semaines devinrent des mois. Les mois s'accumulèrent. Des hommes tombèrent en chemin de maladie, d'épuisement, de lames ennemies dans des embuscades sur des routes sans nom. Chaque perte rendait les survivants plus silencieux, plus denses, plus soudés dans une fraternité que seul le danger extrême fabrique.
Jérusalem apparut un matin comme une promesse tenue après des années de doute.
Les combats furent ce que les combats sont toujours chaotiques, brutaux, rien à voir avec ce que les chroniqueurs raconteraient plus tard depuis le confort de leurs scriptoriums. La réalité du fer contre la pierre, du cri contre le silence, du corps qui tient et du corps qui lâche.
Puis vint le silence.
Ce silence particulier qui suit les grandes batailles pas la paix, juste l'absence provisoire de bruit. Les étendards flottaient. La ville était prise. Des hommes s'agenouillaient, d'autres pleuraient, d'autres encore regardaient leurs mains comme s'ils les voyaient pour la première fois.
Ils avaient fait ce pour quoi ils étaient venus.
Il était temps de rentrer.